Lorsque Christian Alfonso est rentré sur le terrain dimanche contre le Real Madrid, cela fît 17.
Il était le 17e joueur en provenance de l'Espanyol B que Mauricio Pochettino faisait débuter en équipe première depuis son arrivée sur le banc perico en janvier 2009. Et oui, le FC Barcelona et sa Masia n'ont pas le monopole de la formation en Catalogne. Sans avoir de chiffres pour comparer, 17 joueurs enfilant le prestigieux maillot blanquiazul en 2 ans et demi doit placer le club parmi ceux utilisant le plus leur cantera en Espagne et même en Europe (ne parlons pas de monde, ça ferait trop).
A priori, nous ne réjouissons souvent de ce genre d'informations; pouvoir compter sur des produits maisons, cela apporte une fierté, un supplément d'âme, certains repères dans ce football mondialisé.
Mais faut-il vraiment se réjouir de cette "statistique"?
De grands joueurs
Avant l'arrivée de Pochettino l'Espanyol était déjà un club formateur. Après tout, le légendaire Tamudo, meilleur joueur de l'histoire du club, meilleur buteur catalan de l'histoire du championnat espagnol, est bel et bien un produit maison. Profitons-en pour citer aussi le regretté et éternel Dani Jarque.
Mais Pochettino a la chance de disposer d'une génération décomplexée, une bande d'internationaux dans les catégories jeunes comme Didac, Victor Ruiz, Jordi Amat, Alvazo Vazquez et bien d'autres.
Mais si ces jeunes joueurs débutent en équipe première, cela ne veut pas toujours dire qu'ils ont un talent hors norme. Malheureusement, ils sont souvent utilisés pour boucher les trous d'une équipe première possédant un effectif au rabais. On peut du coup se demander si ce n'est pas parfois justement le fait d'avoir l'opportunité de joueur en première division espagnole qui peut les propulser en sélection des jeunes. En gros, un jeune talent prometteur ne se transformera pas forcément en grand joueur, et même au contraire, une si grande exposition pourrait rapidement devenir un problème d'épanouissement pour ces jeunes joueurs.
Mieux vaut être défenseur
Nous parlions de Jarque, l'Espanyol avait aussi formé Albert Lopo, nous pourrions aussi citer des latéraux comme David Garcia et Javi Chica. Force est de constater qu'en général ces joueurs ont fait les beaux joueurs du club puis d'autres formations. Aujourd'hui leurs successeurs s'appellent Jordi Amat, titulaire en défense centrale alors qu'il n'a pas encore 20 ans, et Victor Ruiz, 21 ans et déjà parti sous d'autres cieux... Ces joueurs là semblent partis pour faire une belle carrière.
Mais que dire des attaquants, d'un Coro, d'un Jonathan Soriano, sur qui le poids de porter les espoirs offensifs d'une équipe en difficulté à trop peser.
Alvaro Vazquez pourrait vivre le même scénario, considéré comme le successeur de Tamudo, rien que ça, le joueur suscite beaucoup d'espoir ce qui génère donc beaucoup de pression. On attend de lui des buts, le tout dans une équipe qui est plutôt réputée pour sa stérilité offensive. On comprend donc pourquoi Pochettino ne le titularise pas forcément, préférant le faire entrer en cours de match en ce début de saison sûrement pour éviter d'associer le nom d'Alvaro Vazquez à ce manque de buts, beaucoup critiquent ce choix de l'entraîneur argentin mais vu sous cet angle il s'agit certainement d'une sage décision.
De l'argent dans les pieds
Ces joueurs représentent aussi de l'argent. En comptant sur le centre de formation, cela signifie que Pochettino n'aura pas besoin d'un effectif professionnel à rallonge. Moins d'achat donc, et moins de hauts salaires. Après tout, tout le monde est gagnant. Pourquoi faire venir quelqu'un de dehors quand il y a ce qu'il faut à la maison, c'est le rôle de la formation que d'apporter des joueurs jusqu'à l'équipe première.
Là où l'on peut regretter une mauvaise utilisation de ces jeunes, c'est lorsqu'ils sont utilisés pour remplir les caisses du club, cela devient ridicule quand ces choix sont faits en plus au détriment des résultats sportifs.
La saison dernière, lors du mercato hivernal, le club est passé de bien à catastrophique en vendant en Italie (Naples et Milan AC) 50% de sa défense titulaire (Victor Ruiz et Didac), déstabilisant l'équilibre d'une équipe qui était bien parti pour la lutte à la qualification européenne. Étrange choix des dirigeants en ce qui concerne la jeunesse et l'avenir du club.
Victor Ruiz, formé à l'Espanyol, le temps de se révéler à Barcelone et voilà qu'à 21 ans il a déjà connu Napoli et Valencia...
Le 17e mais pas le dernier
Christian Alfonso, annoncé comme un jeune plein de talent, ne devrait pas être le dernier joueur appelé en équipe première cette saison. L'Espanyol B sera sans doute encore utilisé mais surtout un joueur est déjà annoncé comme un futur grand de l'Espanyol : il s'agit d'un jeune milieu ghanéen d'à peine 16 ans, Paul Quaye. On peut être sûr d'une chose, il aura sa chance à un moment ou à un autre, la question à se poser vu la réputation qu'à déjà ce joueur est de savoir s'il représente l'avenir sportif de l'Espanyol ou son avenir financier.
Paul Quaye